Crème solaire et bronzage : ce que je dis à mes clientes en juin

Chaque juin, la même objection en rendez-vous : « si je mets de la crème solaire indice 50, je ne bronzerai pas ». J’ai fini par préparer une réponse courte, parce que je la donne une dizaine de fois par saison.

Pourquoi un indice élevé n’empêche pas de brunir

Un filtre 50 ne bloque pas la totalité des UVB, il en bloque environ 98 %. Les 2 % restants suffisent à déclencher la production de mélanine, simplement plus lentement. Un indice 30 laisse passer environ 3 %. L’écart d’effet sur le bronzage est marginal ; l’écart sur les dommages cumulés ne l’est pas.

Il y a une seconde raison, plus prosaïque. Presque personne n’applique la quantité correspondant à l’indice testé. La dose de référence est de 2 mg par centimètre carré, ce qui représente environ 30 ml pour un corps adulte entier, soit l’équivalent d’un petit verre à liqueur. En pratique, la plupart des gens en mettent le tiers. Un flacon de 50 étalé au tiers protège comme un 15 environ.

Autrement dit, la question n’est pas de choisir un indice plus bas pour bronzer. Elle est d’en mettre assez pour que l’indice affiché corresponde à quelque chose. Les repères publiés dans la fiche de l’Organisation mondiale de la santé sur les rayonnements ultraviolets donnent le cadre général, et l’essentiel tient en deux chiffres : la quantité et le renouvellement toutes les deux heures.

Femme appliquant de la crème solaire sur son épaule à la plage
Femme appliquant de la crème solaire sur son épaule à la plage

Le problème dont personne ne parle : les taches sur les vêtements

C’est la partie qui relève de mon métier plutôt que de la dermatologie, et c’est celle sur laquelle on me pose le plus de questions concrètes.

Les filtres chimiques de type avobenzone réagissent avec le fer présent dans l’eau du robinet et laissent des marques rouille tenaces sur le coton blanc. Le col d’un chemisier, l’intérieur d’une manche, le bord d’une robe en lin. Ces taches apparaissent souvent après le lavage, pas avant, ce qui fait qu’on ne comprend pas d’où elles viennent.

Les filtres minéraux à base d’oxyde de zinc ou de dioxyde de titane, eux, laissent un dépôt blanc gras qui marque les tissus foncés. Moins définitif, mais très visible sur un marine ou un noir.

Trois habitudes ont réglé le problème chez moi. Attendre dix minutes que la crème pénètre avant d’enfiler quoi que ce soit. Réserver une serviette de bain à cet usage. Et prétraiter toute trace au savon détachant avant le lavage, jamais après un premier passage en machine, parce qu’une tache rouille cuite ne part plus.

Quelle texture pour quel usage

Pour le visage sous maquillage, un fluide minéral teinté. Il ne fait pas de film blanc, il tient sous un fond de teint léger, et il ne coule pas dans les yeux à la première chaleur. Je garde un tube de 40 ml dans mon sac de travail toute l’année, pas seulement l’été.

Pour le corps en ville, un lait fluide classique reste le plus simple. Les sprays donnent une couverture irrégulière et on sous-dose sans s’en rendre compte, surtout dans le vent.

Pour la plage et la piscine, une formule résistante à l’eau, réappliquée après chaque bain quelle que soit la mention sur le flacon. « Résistant à l’eau » signifie qu’une partie du filtre reste après deux immersions de vingt minutes, pas qu’il reste intact.

Jeune femme en chapeau de paille à large bord sur la plage
Jeune femme en chapeau de paille à large bord sur la plage

Les zones que tout le monde oublie

Les oreilles, la nuque quand les cheveux sont attachés, le dessus des pieds en sandales, la raie des cheveux, et le dos des mains. Ce sont les cinq endroits où je vois le plus de rougeurs en fin de journée d’été, et ce sont exactement les endroits où l’on ne pense pas à remettre.

La raie des cheveux mérite une mention particulière pour les cheveux courts et clairsemés. Un chapeau à bord large règle la question mieux que n’importe quelle crème, et c’est ce que je conseille en priorité.

Mon compromis personnel

Je bronze, et j’y tiens. Ce que j’ai changé, c’est le moment plutôt que le produit : dehors avant 11 heures et après 17 heures, à l’ombre entre les deux, et un indice 50 sur le visage toute l’année parce que c’est là que les dégâts se voient en premier.

Résultat, je brunis plus lentement qu’à 25 ans et je n’ai pas de taches pigmentaires sur les pommettes, contrairement à plusieurs amies de mon âge. Ce n’est pas une preuve, c’est une observation, et je la donne comme telle.

Une dernière remarque, qui touche au vestiaire plus qu’au soin. Un tissu tissé serré protège mieux qu’un voile de coton fin, et un vêtement mouillé protège nettement moins qu’un vêtement sec. Un paréo humide sur les épaules ne remplace pas une crème, même s’il en donne la sensation.

La crème solaire au quotidien, hors vacances

Le sujet ne se limite pas à juillet. Les UVA traversent le verre, ce qui veut dire qu’une journée derrière une baie vitrée ou deux heures de trajet en voiture exposent réellement le visage et le dos des mains.

Ma routine de travail est simple : un fluide indice 50 le matin sur le visage, le cou et les mains, en même temps que la crème hydratante, du 1er mars au 31 octobre. En hiver, je descends à 30 et je le mets seulement les jours de sortie. Ce n’est pas maximaliste, c’est ce que j’arrive à tenir douze mois sur douze.

Pour le réapplication en journée, quand on est maquillée, les sticks et les poudres minérales sont la seule option praticable. Ils ne fournissent pas la couverture d’un fluide correctement dosé, ce qu’il faut savoir avant de compter dessus. C’est un pis-aller assumé, pas une solution équivalente.

Sur les gestes de soin qui tiennent dans une vraie semaine, j’ai écrit deux choses qui se recoupent : mon passage au rasoir de sûreté et le choix d’une coupe qui ne demande pas de brushing.